• Auto-édition : Julie Kertesz - Artisan de Paris 18e, relieur de livres

L’auto-édition, nouveau métier d’art

Peut-on lire un roman comme on écoute un ami ? Ou bien comme un enfant écoute, les yeux brillants, le conteur du village ? S’il fallait tout recommencer, il suffirait d’un auteur et de son public pour que renaisse l’art de la narration. Aujourd’hui, tant de personnes s’interposent entre le rêve et les rêveurs, la bouche et l’oreille, le texte et ses lecteurs, que le lien d’une âme aux autres disparaît parfois complètement, au profit de la morne consommation de produits culturels. Ils savent mieux que vous ce que vous devez écrire ou ce que vous devez lire. Ils promettent à l’auteur le succès, aux lecteurs un objet bien manufacturé. Découpé, calibré, toiletté par les spécialistes de l’emballage, le rêve perd ses plumes et ses griffes pour devenir un numéro dans une collection standardisée.

L’auto-édition, c’est le lien retrouvé, la relation directe entre un conteur et son auditoire. Aucune censure éditoriale ne prive les histoires de leurs aspérités, de leurs singularités non commerciales. À défaut d’un public pour améliorer ses récits, l’auteur peut solliciter l’aide d’un réviseur, mais il reste celui qui raconte, le seul artisan de ses propres ouvrages. L’auto-édition s’apparente aux AMAP, aux tables d’hôtes et aux métiers d’art. Refuseriez-vous de manger une salade offerte par un paysan sous prétexte que quelques feuilles portent des traces de limaces ? D’acheter des chaises d’ébéniste parce que des petits détails les différencient les unes des autres ? Vous ne vous détournerez pas davantage d’un livre qu’aucun éditeur industriel n’a normalisé.

Des millions de Français conservent des manuscrits « dans leurs tiroirs ». Plutôt que de les traiter d’emblée comme des auteurs ratés, des faux conteurs n’ayant rien à dire, l’autoédition les autorise à montrer les histoires qu’ils ont écrites. Certaines, heureusement, trouveront leur public. D’autres seront oubliées, à tort ou à raison. Leurs auteurs comprendront qu’il faut du temps et de la persévérance pour maîtriser l’art de raconter. Plus tard, les talents de demain apparaîtront peut-être parmi ceux-là. Quelle que soit leur attitude, l’aventure leur aura appris que toute parole, même écrite, n’existe que pour relier un humain à un autre humain. Si l’auto-édition n’apportait que cela, elle aurait déjà sa raison d’être.

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