Couverture : Krissy and Dennis - Custom Upcycled Newbury Comics Journal

Je m’édite – 6 – La couverture

L’exception française

Tous les auteurs auto-édités étasuniens vous le diront : rien n’est plus important pour la réussite d’un livre que sa couverture. En France, cette affirmation pourrait facilement être contredite, tant il est vrai que la collection blanche de Gallimard demeure une référence absolue en matière de qualité littéraire. Traditionnellement, les couvertures des livres publiés en France se distinguent par leur sobriété, les livres et les auteurs étant considérés comme moins importants que la collection et la maison d’édition. Outre-Atlantique, il est souvent difficile de distinguer un style d’éditeur parmi tous les livres publiés par une maison. Chaque ouvrage bénéficie d’une couverture unique, destinée à plaire à ses futurs lecteurs plus qu’à asseoir le prestige de la collection à laquelle il appartient.

En l’absence d’éditeur, l’auteur qui se publie lui-même n’est soutenu par aucun prestige, aucune collection blanche, aucun préjugé favorable de la presse. Il s’adresse directement à son lectorat, et les couvertures de ses livres sont conçues pour donner envie à des internautes de cliquer dessus. Qu’importe si ce qu’il écrit relève plutôt de la grande littérature ou de la littérature de gare : personne n’échappe aujourd’hui à l’obligation de se montrer et de séduire.

À quoi sert une couverture ?

La couverture transmet instantanément plusieurs informations essentielles :

– par sa qualité de conception, elle montre que le livre a été édité par des professionnels ;

– par la qualité de son illustration et de sa typographie, elle attire et séduit l’œil ;

– par les codes visuels utilisés, elle renvoie au genre du livre et parle directement aux amateurs.

Le look autoédité

N’importe quel lecteur est capable de reconnaître une couverture non professionnelle (ce que les anglophones appellent « the self-published look »). Cette pile de livres à l’apparence suspecte près de la caisse de cette librairie ? Une illustration maladroite et une police de caractère inadaptée la renvoient immédiatement dans la catégorie des livres bricolés que personne ne feuillette. Un titre mal centré, en noir sur une photo de stock sombre ? L’internaute passe son chemin. Malgré les nombreuses mises en garde des professionnels, des milliers d’auteurs bricolent tous les ans des couvertures de ce genre, parfois avec la complicité de sites internet sans scrupule.

On ne s’improvise pas graphiste ; l’auteur ordinaire ne possède en la matière aucune compétence particulière. Créateur d’une architecture de mots, il ignore comment donner une identité visuelle à sa création. Son profil particulier peut même l’amener à négliger complètement cet aspect, dans la croyance que les lecteurs n’ont pas besoin d’images pour comprendre la valeur de ce qu’il écrit. Ayant passé parfois plusieurs années à rédiger son ouvrage, il en bâcle l’apparence en collant hâtivement un titre et un nom d’auteur sur une image de mauvaise qualité.

Combien ça coûte ?

Une fois que l’auteur s’est convaincu de la nécessité d’une couverture professionnelle, il est confronté à un dilemme : s’il utilise les services (payants) d’un(e) graphiste, le coût de ces services diminuera d’autant les gains éventuels qu’il pourrait retirer de l’entreprise – même si ces gains sont inexistants. En d’autres mots, il constate que l’auto-éditeur est un entrepreneur ; il engage des fonds sur un projet, dont il espère retirer, sinon un profit, du moins un remboursement de ses frais.

Le numérique permet de publier des livres pour une somme dérisoire, parfois gratuitement. Cependant, tout projet sérieux implique des investissements préalables, sans lesquels ses chances de réussite sont extrêmement réduites. Il existe donc un risque financier, comme dans toute création d’activité. Un auteur a beau croire dans ce qu’il fait, il cherchera à limiter ce risque, en réduisant les sommes engagées au minimum.

En matière de couvertures, les options sont extrêmement variées :

1) Couverture faite maison : gratuite

Sans commentaire. Voir quand même les conseils de Philippe Roy.

2) Utilisation du logiciel de conception de couverture de CreateSpace : gratuite

Couvertures de base, avec des photos de stock. Le résultat sera le reflet de vos compétences de graphiste et des limitations du logiciel.

3) Commande de couverture sur Fiverr : à partir de 5 dollars

Mes couvertures provisoires ont été réalisées ainsi. Le résultat est très variable, et reste faible si on se contente des 5 dollars d’une « gig ».

4) Achat d’un gabarit de couverture : à partir de 57 dollars sur bookdesigntemplates

Couverture correcte, à condition de disposer d’une bonne illustration.

5) Achat d’une couverture toute faite, où il suffit de remplacer le titre et le nom d’auteur : 195 dollars sur Damonza

Couverture stéréotypée, air de déjà vu, parfois vulgarité.

6) Recours à un graphiste spécialisé dans les auteurs auto-édités : 120 à 200 euros pour Kouvertures

Couverture intéressante, même si elle manque parfois de recherche graphique.

7) Recours à des sites de concours de design comme 99designs : à partir de 299 dollars (229 euros)

Le résultat est souvent de qualité. Possibilité de choisir entre un certain nombre de couvertures, selon le montant offert. Attention, nombreux non professionnels.

8) Recours à des graphistes freelance : de 500 à 6 000 dollars ou euros

Consulter par exemple Elance. KitFosterDesign : 120 ou 150 livres Creativindiecovers : de 629 à 1 329 dollars.

Mon choix

Comme les ouvrages que je vais publier sont destinés à la jeunesse, j’ai choisi de faire réaliser les illustrations séparément, par Scarlet Harlequin, une artiste dont je parlerai prochainement, et par kaieri. Quant aux couvertures elles-mêmes, j’ai pris contact avec un cover designer indépendant, mais j’envisage aussi de recourir à 99designs.

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