Auto-édition : fidber - L'homme orchestre

Je m’édite – 2 – Pourquoi l’auto-édition ?

D’après un sondage du Figaro, un Français sur trois rêverait d’écrire, et trois pour cent de la population écrirait déjà. Plus d’un million de manuscrits croupiraient « dans les tiroirs », tandis que 400 000 autres auraient déjà encombré les boîtes aux lettres des éditeurs. On pourrait imaginer que les livres délaissés par ces derniers n’ont aucune valeur, comme se plaisent à l’affirmer les défenseurs de l’industrie éditoriale.

Mais l’inflation même de la masse manuscrite rend le travail de sélection toujours plus difficile, et les éditeurs n’ont pas toujours su séparer le bon livre de l’ivraie (de Proust à Joanne Rowling en passant par Beckett). Si vous écrivez, les statistiques sont contre vous : il n’y a pas de place pour tout le monde, ni assez de lecteurs de maisons d’édition pour examiner correctement votre manuscrit. Vous avez peut-être déjà reçu vingt, cinquante, cent ou trois cents lettres de refus, diversement rédigées (conservez-les, elles vous amuseront quand vous serez célèbre). Ces lettres vous ont fait réfléchir ; sans doute avez-vous réécrit votre opus, demandé l’avis de tout votre entourage, fait corriger votre orthographe. Mais cela n’a pas suffi. Le loto compte, paraît-il, quelques gagnants, mais je n’en fais pas partie, et vous non plus.

Que faire ? Pendant des années, j’ai continué à écrire, persuadé que la chance me sourirait. Mais j’ai fini par laisser tomber, comme tout le monde. Vous pouvez croire au « grand amour », parce qu’il y a suffisamment d’êtres humains sur terre pour espérer le trouver. Mais il n’y aura jamais assez de place sur les tables des libraires pour exposer tous les livres écrits.

Sauf sur Amazon.

Cette idée, soudain, vous redonne espoir : ce n’est pas parce que vous n’avez pas rencontré l’éditeur de votre vie que vous devez vous résigner à la solitude. De même qu’on peut être célibataire et heureux, on peut n’avoir séduit aucun éditeur et être publié quand même.

Cela s’appelle l’auto-édition.

Bien sûr, on aimerait pouvoir faire autrement : s’appuyer sur quelqu’un qui vous conseille avec bienveillance, vous aide à devenir vous-même, parle de vous avec passion. L’auto-éditeur est seul ; seul il assume ses erreurs et savoure ses réussites.

Vous hésitez encore à franchir le pas, et c’est normal. Ce billet a pour objectif d’examiner les raisons que vous pourriez avoir de vous auto-éditer, au risque de braver la réprobation des journalistes, des critiques, des libraires et même de vos amis.

1. L’auto-édition, c’est un apprentissage de l’autonomie et de l’entreprise

Je n’ai jamais compris pourquoi un journal pouvait chanter les mérites de l’entreprise dans sa rubrique économie et vilipender les auto-éditeurs dans sa rubrique culture ! Quoi de plus louable pour un auteur (en jargon économique, on dit un « créateur ») que de se prendre en main et d’entreprendre lui-même l’édition de son livre ? Quel que soit le résultat, cette démarche courageuse devrait être encouragée, et non montrée du doigt.

2. Personne ne s’intéressera à vous spontanément

La plupart des auteurs se sont abreuvés de biographies d’écrivains, et croient que le monde saluera la parution de leur chef-d’œuvre et les portera au pinacle. Cette légende, à supposer qu’elle ait un jour contenu un élément de vérité, doit être immédiatement reléguée dans le musée des vieilleries littéraires. Votre prose, même géniale, n’intéresse personne. Les grands groupes éditoriaux gèrent des flux de bouquins et ne se soucient plus du tout de la qualité du contenu. Les hagiographies d’écrivains servent à vendre plus de livres, pas à raconter la vérité d’une ascension vers la gloire.

3. La meilleure façon de renoncer à une idée, c’est de la réaliser

Vous aimez écrire ? Dommage pour vous : si vous vous étiez pris d’une passion pour la finance ou le jardinage, vous auriez pu obtenir satisfaction, mais les lettres constituent le chemin le plus ingrat et le plus tortueux qu’on puisse imaginer. Même des écrivains connus et reconnus sont exploités honteusement et payés au lance-pierres. Vous croyez qu’il en sera autrement pour vous ? N’espérez pas trop !

Mais vous n’arrivez pas à renoncer sans essayer. Alors, pourquoi ne pas sauter quelques étapes et vous auto-éditer ? Vous irez plus vite vers la réussite et l’échec et vous pourrez plus rapidement, le cas échéant, renoncer à votre funeste passion.

4. Vous apprendrez énormément de choses, qui vous aideront à comprendre le métier d’éditeur

Faire est la meilleure façon d’apprendre, croyez-en un maître d’école ! Vous commanderez des illustrations et des couvertures, vous chercherez un correcteur, vous créerez des comptes un peu partout, vous apprendrez les arcanes des impôts américains, les mots-clés n’auront plus de secret pour vous et vous comprendrez enfin pourquoi une année est nécessaire pour publier un livre et pourquoi la rentabilité d’un vrai éditeur ne dépasse pas 4 %.

5. S’auto-éditer permet de s’assumer comme individu adulte et échapper à la dépendance

Trop souvent, les éditeurs traitent leurs auteurs comme des enfants à jamais immatures. Ils les corrigent en rouge et les obligent à recommencer dix fois, refusent de leur donner de l’argent de poche et gèrent leur emploi du temps. Si vous ne conservez aucune nostalgie de votre adolescence et que vous pensez que tout travail mérite salaire et qu’on ne saurait être payé en prestige, la carrière d’auto-éditeur est faite pour vous. Qualités requises : savoir travailler inlassablement sans aucun patron qui vous aiguillonne, savoir se montrer critique à l’égard de vos propres productions, savoir gérer un budget, n’attendre aucune félicitation.

6. Aujourd’hui, tous les auteurs sont obligés de vendre leurs ouvrages

Les auteurs néophytes croient que leur éditeur se lancera dans une campagne nationale de publicité et de relations publiques pour vendre leur livre. Quand ils découvrent que ce dernier est envoyé aux libraires en même temps qu’une centaine d’autres dans des cartons d’office qu’il passera – au mieux – deux mois sur les tables ou dans les rayons avant d’être retourné en piteux état et passé au pilon, il est déjà trop tard. Les auteurs américains (et pas seulement étasuniens) l’ont déjà compris, eux qui se mettent depuis quelques années au marketing, à la construction d’une « writer platform » (plateforme d’écrivain) et à la promotion directe auprès des libraires et des lecteurs. Du coup, les éditeurs perdent une partie de leur utilité, et dans le numérique ils n’en conservent aucune.

7. Si l’édition est un travail d’équipe, l’auto-édition permet à l’auteur d’en choisir les membres

En France, les journalistes feignent de croire que les auteurs auto-édités veulent se passer de tout travail éditorial et publier leurs livres sans aucun travail de polissage et de mise en forme. La vérité est qu’aucun auteur sérieux n’oserait se lancer à l’assaut de la citadelle des lettres sans faire corriger son texte, sans le faire lire par des bêta-lecteurs, sans confier la réalisation de la couverture et la mise en page à des graphistes. Mais le plus grand avantage de l’auto-édition est que l’auteur choisit lui-même les professionnels qui vont travailler pour lui. J.A. Konrath, par exemple, affiche sur sa page d’accueil des liens vers les sites des membres de son équipe privée.

Les auteurs qui, comme moi, ont eu le déplaisir de voir leur travail gâché par une couverture infâme ou des coquilles ajoutées à leur texte, apprécieront tout particulièrement d’être enfin aux commandes. Au moins, l’illustration que vous aurez commandée correspondra vraiment au contenu du livre. Au moins, le résumé de quatrième de couverture ne relèvera pas du racolage et ne contiendra aucune erreur factuelle. Au moins, vous n’aurez pas honte en offrant à vos amis un ouvrage dont la couverture est imprimée uniquement à l’encre rouge (ce qui m’est arrivé !) Et si un prestataire ne vous donne pas entière satisfaction, vous éviterez de vous adresser à lui la prochaine fois.

8. De toute façon, être édité ne vous rendra pas aussi heureux que vous l’espérez

Écoutez le blues des auteurs hétéro-édités (le contraire d’auto-édités). Tout scrofuleux, couverts de cicatrices, ils évoquent intarissablement leurs misères et se plaignent du statut d’esclaves prestigieux qu’on leur fait subir. Écrivain, à les croire, ce n’est pas un métier, c’est une maladie ! À l’inverse, regardez les auteurs auto-édités : heureux et bien portants, ils affichent un sourire béat, qu’aucune déconvenue ne saurait effacer. Mais comprenez-moi bien : être édité et s’éditer sont deux notions qui ne relèvent pas du tout de la même catégorie. La première revient à entrer par la toute petite porte dans le monde du gonflement médiatique de l’ego, alors que la seconde revient seulement à trouver des lecteurs et à obtenir une rémunération. Cette petite ambition, qui convient tout à fait à nombre d’entre nous, ne suscite pas les mêmes interrogations existentielles que la douloureuse carrière d’un « grandécrivain ».

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